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Saturday, July 21, 2012

Jacques Prévert: Pour Faire le Portrait d'un Oiseau




Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
C'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucment
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.




(video by fguiroy)



First of all, paint a cage
with an opened little door
then paint something attractive
something simple
something beautiful
something of benefit for the bird
Put the picture on a tree
in a garden
in a wood
or in a forest
hide yourself behind the tree
silent
immovable...

Sometimes the bird arrives quickly
but sometimes it takes years
Don't be discouraged
wait
wait for years if necessary
the rapidity or the slowness of the arrival
doesn't have any relationship
with the result of the picture

When the bird comes
if it comes
keep the deepest silence
wait until the bird enters the cage
and when entered in
Close the door softly with the brush
then remove one by the one all the bars
care not to touch any feather of the bird

Then draw the portrait of the tree
choosing the most beautiful branch
for the bird
paint also the green foliage and the coolness
of the beasts of the grass in the summer's heat
and then, wait that the bird starts singing

If the bird doesn't sing
it's a bad sign
it means that the picture is wrong
but if it sings it's a good sign
it means that you can sign

so you tear with sweetness
a feather from the bird
and write your name in a corner of the painting.






(Jacques Prévert)

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Friday, July 20, 2012

Jacques Prévert: Il pleut

Illustration: Josephine Wall
(http://www.paperblog.fr/3611722/il-jacques-prevert/)
no copyright infringement intended

Il pleut il pleut
Il fait beau
Il fait du soleil
Il est tot
Il se fait tard
Il
Il
Il
Il
Toujours il
Toujours il qui pleut et qui neige
Toujours il qui fait du soleil
Toujours il
Pourquoi pas elle?
Jamais elle
Pourtent elle aussi
Souvent se fait belle!


This was the first French poem learned by my granddaughter Bianca. She put it on her blog. I copied it from there. Bianca mentioned, in case you're wondering, it's about how it's always about "he" and not "her"(you'd understand it better if you knew French). Bianca is now twelve and started to learn French.


(Jacques Prévert)

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Sunday, July 08, 2012

La Seine a rencontré Paris



Quotidian scenes of Paris along the quays beside the River Seine. Fishing, snoozing, cutting hair, washing clothes. Lovers embrace as nuns gaze. Students sketch, models pose. A diver recovers a boy's lost bicycle. C'est la vie. It's a river like any other. Sprightly accordion music rounds out the atmosphere.

The first film Joris Ivens made when he returned from Eastern Europe is a film poem about Paris and Parisian life on the borders of the Seine river.
(imdb)




A poem by Prévert meditated in images by Ivens. The voice of Serge Reggiani in a dialog with the camera. The love of Ivens for the simple things, the quotidian - finding the poetry in the quotidian, anonymous people in their anonymous quotidian preoccupations, anonymous landscapes, and sun, and clouds - Ivens has a special gift to caress the quotidian with his movie camera. La Seine a rencontré Paris - la rencontre de deux poètes - Seine has encountered Paris - the encounter of two poets.


Qui est la
Toujours là dans la ville
Et qui pourtant sans cesse arrive
Et qui pourtant sans cesse s’en va

C’est un fleuve
répond un enfant
un devineur de devinettes
Et puis l’œil brillant il ajoute
Et le fleuve s’appelle la Seine
Quand la ville s’appelle Paris
et la Seine c’est comme une personne
Des fois elle court elle va très vite
elle presse le pas quand tombe le soir
Des fois au printemps elle s’arrête
et vous regarde comme un miroir
et elle pleure si vous pleurez
ou sourit pour vous consoler
et toujours elle éclate de rire
quand arrive le soleil d’été
La Seine dit un chat
c’est une chatte
elle ronronne en me frôlant

Ou peut-être que c’est une souris
qui joue avec mois puis s’enfuit
La Seine c’est une belle fille de dans le temps
une jolie fille du French Cancan
dit un très vieil Old Man River
un gentleman de la misère
et dans l’écume du sillage
d’un lui aussi très vieux chaland
il retrouve les galantes images
du bon vieux temps tout froufroutant

La Seine
dit un manœuvre
un homme de peine de rêves de muscles et de sueur
La Seine c’est une usine
La Seine c’est le labeur
En amont en aval toujours la même manivelle
des fortunes de pinard de charbon et de blé
qui remontent et descendent le fleuve
en suivant le cours de la Bourse
des fortunes de bouteilles et de verre brisé
des trésors de ferraille rouillée
de vieux lits-cages abandonnés
ré-cu-pé-rés
La Seine
c’est une usine
même quand c’est la fraicheur
c’est toujours le labeur
c’est une chanson qui coule de source
Elle a la voix de la jeunesse
dit une amoureuse en souriant
une amoureuse du Vert-Galant
Une amoureuse de l’ile des cygnes
se dit la même chose en rêvant

La Seine
je la connais comme si je l’avais faite
dit un pilote de remorqueur au bleu de chauffe
            tout bariolé
tout bariolé de mazout et de soleil et de fumée
Un jour elle est folle de son corps
elle appelle ca le mascaret
le lendemain elle roupille comme un loir
et c’est tout comme un parquet bien briqué
Scabreuse dangereuse tumultueuse et rêveuse
            par-dessus le marché
Voilà comment qu’elle est
Malice caresse romance tendresse caprice
vacherie paresse
Si ca vous intéresse c’est son vrai pedigree

La Seine
c’est un fleuve comme un autre
dit d’une voix désabusée un monsieur correct et
            blasé
l’un des tout premiers passagers du grand tout
            dernier bateau-mouche touristique et pasteurisé
un fleuve avec des ponts des docks des quais
un fleuve avec des remous des égouts et de temps à
            autre un noyé
quand  ce n’est pas un chien crevé
avec des pécheurs à la ligne
et qui n’attrapent rien jamais
un fleuve comme un autre et je suis le premier à le
déplorer

Et la Seine qui l’entend sourit
et puis s’éloigne en chantonnant
Un fleuve comme un autre comme un autre comme
            un autre
un cours d’eau comme un autre cours d’eau
d’eau des glaciers et des torrents
et des lacs souterrains et des neiges fondues
des nuages disparus
Un fleuve comme un autre
comme la Durance ou le Guadalquivir
ou l’Amazone ou la Moselle
le Rhin la Tamise ou le Nil
Un fleuve comme le fleuve Amour
comme le fleuve Amour
chante la Seine épanouie
et la nuit la Voix lactée l’accompagne de sa tendre
rumeur dorée
et aussi la voix ferrée de son doux fracas coutumier

Comme le fleuve Amour
vous l’entendez la belle
vous l’entendez roucouler
dit un grand seigneur des berges
un estivant du quai de la Râpée
le fleuve Amour tu parles si je m’en balance
c’est pas un fleuve la Seine
c’est l’amour en personne
c’est ma petite rivière à moi
mon petit point du jour
mon petit tour du monde
les vacances de ma vie
Et le Louvre avec les Tuileries la Tour Eiffel la Tour
Pointue et Notre-Dame de l’Obélisque
la gare de Lyon ou d’Austerlitz
c’est mes châteaux de la Loire
la Seine
c’est ma Riviera
et moi je suis son vrai touriste

Et quand elle coule froide et nue en hurlante plainte
            contre inconnu
faudrait que j’aie mauvaise mémoire
pour l’appeler détresse misère ou désespoir
Faut tout de même pas confondre les contes de fées et
            les cauchemars
Aussi
quand dessous le Pont-Neuf le vent du dernier jour
soufflera ma bougie
quand je me retirerai des affaires de la vie
quand je serai définitivement à mon aise
au grand palace des allongés
à Bagneux au Père-Lachaise
je sourirai et me dirai

Il était une fois la Seine
il était une fois
il était une fois l’amour
il était une fois le malheur
et une autre fois l’oubli

Il était une fois la Seine
il était une fois la vie

(Joris Ivens)

(Jacques Prévert)

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Wednesday, July 04, 2012

Jacques Prévert

(http://voiceseducation.org/content/jacques-prevert)
no copyright infringement intended

The photo above acknowledges the importance of the interprets for the poetry of  Jacques Prévert: the authors of songs, the authors of movies, and, I would dare to say, all the books teaching us the nowadays French, full of his poems.





(Le Parnasse des Lettres)

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Sunday, June 18, 2006

Robert Doisneau - Prévert

Robert Doisneau, Jacques Prevert with dog
RECIPE FOR HAPPINESS IN
KHABAROVSK OR ANYPLACE


One grand boulevard with trees
with one grand cafe in sun
with small black coffee in very small cups

one not necessarily beautiful
man or woman who loves you
one fine day


Lawrence Ferlinghetti


City Lights Books - the home of beat literature, started by Ferlinghetti along with Peter Martin back in 1953 - the first bookstore in America offering all-paperback. Now it is a famous (some would say infamous) landmark in San Francisco. Howl of Allen Ginsberg will be 50 in November. City Lights will celebrate the anniversary with Howl on Trial: The Battle for Free Expression, the historic First Amendment obscenity case.

We don't believe in relaxing with a good book. You can only relax with a mediocre book; a good book can make you so happy you want to scream, or so mad you want to kill.

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